Le droit à la déconnexion : une obligation pour préserver la santé des salariés 

Mis à jour le 21/10/2026

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À l’ère du numérique et de la généralisation du télétravail, la frontière entre vie professionnelle et sphère privée est devenue de plus en plus poreuse. Le développement du télétravail, des outils collaboratifs et des smartphones a renforcé les enjeux liés au droit à la déconnexion.  

Ce droit à la déconnexion garantit à chaque salarié la possibilité de s’éloigner des outils numériques en dehors de ses heures de travail pour préserver son équilibre personnel et ses temps de repos obligatoires.

Droit à la déconnexion : cadre légal et publics concernés 

Inscrit à l’article L. 2242-17, 7° du Code du travail, le droit à la déconnexion vise à réguler l’usage des technologies de l’information et de la communication (ordinateurs, téléphones portables, messageries professionnelles, logiciels collaboratifs, VPN) dans l’objectif de faire respecter les temps de repos et de congé ainsi que la vie personnelle et familiale des salariés.  

Ce dispositif vise en premier lieu à faire respecter les durées maximales de travail ainsi que les repos quotidiens (11 heures consécutives) et hebdomadaires (35 heures consécutives). 

Le droit à la déconnexion et les durées maximales de travail

Qui est concerné par ces règles ? l’ensemble des salariés et des entreprises sont visés, quelle que soit leur taille.  

Toutefois, les modalités de déploiement varient selon que l’entreprise est soumise ou non à la négociation obligatoire. Dans ce contexte, l’obligation de déconnexion dont l’employeur est garant prend une dimension particulière : il ne suffit pas d’accorder formellement un droit théorique, l’entreprise doit veiller activement à son application effective.  

Un salarié ne peut pas être sanctionné parce qu’il n’a pas pu être joint sur son téléphone portable personnel en dehors de ses horaires de travail (Cass. soc., 9 octobre 2024, n° 23-19.063). L’obligation d’assurer un droit à la déconnexion de l’employeur rejoint ainsi l’obligation générale de sécurité et de prévention des risques psychosociaux (RPS). 

Une vigilance renforcée s’impose notamment pour 2 catégories de travailleurs particulièrement exposées à la surconnexion : 

  • Les télétravailleurs, pour lesquels la frontière physique entre le domicile et le lieu de travail disparaît,  
  • Les salariés soumis au régime du forfait jours, qui gèrent librement leur emploi du temps. 

Télétravail

L’Entretien de suivi du télétravail est un rendez-vous RH à ne pas négliger : Charge de travail, isolement, difficulté à déconnecter…  

Les signaux existent, mais ils passent parfois sous les radars. C’est justement pour cela que l’entretien de suivi du télétravail est devenu un outil utile dans de nombreuses entreprises. 

L'astuce RH

Pour faciliter le suivi du temps de travail, l’utilisation d’un outil de gestion des temps (GTA) adapté fait toute la différence. Cela aide à structurer et automatiser le traitement des données pour gagner en fiabilité.

Modalités d’application : accord d’entreprise ou charte 

Pour mettre en place le droit à la déconnexion, les employeurs disposent de 2 leviers juridiques principaux : l’accord collectif ou une charte unilatérale. 

Dans les entreprises où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d’organisations représentatives (principalement les structures d’au moins 50 salariés, seuil de désignation d’un délégué syndical), le sujet fait partie intégrante de la négociation obligatoire portant sur l’égalité professionnelle et la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT). Le Code du travail impose de l’engager au moins une fois tous les quatre ans (article L. 2242-1) ; dans le régime supplétif, elle est annuelle (article L. 2242-17).

Dans les entreprises soumises à la négociation obligatoire, si aucun accord n’est signé, l’employeur doit rédiger une charte sur le droit à la déconnexion. Il le fait après avoir recueilli l’avis du Comité social et Économique (CSE). Cette charte fixe les modalités du droit à la déconnexion. Elle prévoit aussi des actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques, pour les salariés comme pour l’encadrement et la direction. 

Pour les entreprises non soumises à la négociation obligatoire, le respect du repos reste impératif. Même sans accord formel, les employeurs ont tout intérêt à élaborer une charte sur le droit à la déconnexion ou à insérer des clauses dédiées dans le règlement intérieur s’il existe.

Concernant le cadre spécifique des cadres au forfait jours, les dispositions relatives au droit à la déconnexion doivent figurer dans l’accord de branche ou d’entreprise qui l’instaure. À défaut de dispositions dans l’accord, ces modalités sont définies par l’employeur et communiquées par tout moyen aux salariés concernés, par exemple dans la convention individuelle de forfait jours.

Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, ces règles doivent être conforme à la charte de l’entreprise sur la déconnexion.

Que doit contenir une charte sur le droit à la déconnexion ? 

Lorsque la négociation annuelle n’aboutit pas à un accord collectif, l’employeur doit mettre en place une charte sur le droit à la déconnexion après avis du CSE.  

Le Code du travail impose deux éléments : les modalités d’exercice du droit à la déconnexion, et des actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques, pour les salariés comme pour l’encadrement et la direction. Le reste du contenu est libre. La charte gagne également à prévoir des mesures concrètes permettant d’assurer le respect des temps de repos et de limiter les sollicitations numériques en dehors des horaires de travail.  

La charte peut notamment prévoir : 

  • les plages horaires pendant lesquelles les salariés ne sont pas tenus de répondre aux sollicitations professionnelles ; 
  • les règles d’utilisation des outils numériques (messagerie, téléphone, messagerie instantanée, plateformes collaboratives) ; 
  • les modalités de sensibilisation des salariés et des managers aux risques liés à l’hyperconnexion ; 
  • les bonnes pratiques en matière d’organisation des réunions et d’envoi des courriels ; 
  • les modalités de suivi de la charge de travail, en particulier pour les salariés au forfait jours. 

Certaines entreprises choisissent également de mettre en place des outils techniques afin de faciliter l’application de ces règles : programmation de l’envoi différé des e-mails, messages d’absence automatiques pendant les congés, limitation des notifications sur les téléphones professionnels ou encore désactivation de certains serveurs de messagerie en dehors des heures de travail.

Il est important de rappeler que ces dispositifs ne doivent pas uniquement être formels. Pour être efficace, la charte sur le droit à la déconnexion doit être accompagnée d’une véritable politique de prévention, impliquant l’ensemble de la ligne managériale. Il convient de veiller à ce que les consignes ne créent pas d’injonctions contradictoires : imposer de se déconnecter à 18 heures tout en assignant des objectifs irréalistes est susceptible de remettre en cause l’effectivité du droit à la déconnexion.

Afin de lui conférer une valeur contraignante et permettre d’éventuelles sanctions disciplinaires en cas d’abus, l’employeur peut annexer sa charte au règlement intérieur de l’entreprise, en respectant les formalités de dépôt et d’affichage imposées par la loi. 

Focus sur les salariés en forfait jours

Le droit à la déconnexion des salariés au forfait jours revêt une importance particulière. Les salariés autonomes dans l’organisation de leur temps de travail peuvent être davantage exposés au risque de dépassement des durées de travail. Un suivi régulier de leur charge de travail, des échanges périodiques avec leur manager et des règles claires sur les temps de repos permettent de limiter ces dérives. 

La Cour de cassation prive régulièrement d’effet les conventions de forfait annuel en jours dont les modalités de contrôle de la charge de travail et de la déconnexion sont jugées insuffisantes ou théoriques, entraînant d’importants rappels d’heures supplémentaires pour les entreprises fautives. 

Pour sécuriser ce régime, l’obligation de déconnexion implique d’instaurer des mécanismes d’alerte. Si un salarié sous convention de forfait se connecte de manière répétée tard le soir ou pendant le week-end, l’employeur a tout intérêt à organiser un entretien individuel pour analyser l’origine de cette surconnexion et réajuster la charge de travail.  

Exécuter l’obligation de déconnexion suppose aussi de former la ligne managériale : un responsable doit donner l’exemple et ne pas solliciter ses collaborateurs en dehors des heures de bureau.

Forfait jours : nos conseils pour choisir un outil de suivi des temps

Le respect du droit à la déconnexion n’est pas une simple contrainte administrative, mais constitue une véritable opportunité pour favoriser le bien-être au travail. 

Avec un bon système de suivi du forfait jours, l’entreprise s’assure la fiabilité de la paie, le pilotage de la charge de travail, la conformité au Code du travail, le droit à la déconnexion et l’équilibre de la vie des salariés et la prévention des risques psycho-sociaux. 

Retrouvez tous nos conseils pour choisir un outil de suivi des temps adapté.

Synthèse des obligations, seuils et sanctions

Le droit à la déconnexion ne s’applique pas exactement de la même manière selon que l’entreprise est soumise ou non à la négociation obligatoire.  

Entreprises non soumises à la négociation obligatoire (Moins de 50 salariés)  Entreprise soumise à la négociation obligatoire (section syndicale représentative constituée, le plus souvent à partir de 50 salariés)
Obligation principale  Garantir le respect des temps de repos et de la vie privée.  

Possibilité d’élaborer une charte ou d’intégrer le droit à la déconnexion dans le règlement intérieur.

Négociation collective obligatoire sur la déconnexion. À défaut d’accord, élaboration d’une charte après avis du CSE.
Contenu imposé par la loi Aucun (Charte facultative) Modalités d’exercice du droit à la déconnexion ; actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques (salariés, encadrement direction).
Contenu recommandé Rappel des repos quotidien et hebdomadaire et de la vie privée ; liste des outils numériques visés (mails, téléphones, VPN, messageries instantanées) ; plages de déconnexion hors horaires de travail ; plages blanches éventuelles pendant le temps de travail ; actions de sensibilisation pour salariés et managers. Idem
Sanctions encourues Manquement à la sécurité / RPS : Dommages et intérêts pour préjudice  

Forfait jours invalide : Annulation de la convention et rappel de salaires sur les heures supplémentaires. 

Défaut de négociation (ne pas convoquer les syndicats ou ne pas ouvrir la négociation obligatoire) : jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 3 750 € d’amende (article L.2243-1 du code du travail). Cela vise l’employeur qui ne convoque pas les syndicats ou qui n’ouvre pas la négociation obligatoire dans les délais prévus. Cette obligation s’applique dans les entreprises où au moins une section syndicale d’un syndicat représentatif est constituée. 
Manquement à la sécurité / RPS : Dommages et intérêts pour préjudice  Forfait jours invalide : Annulation de la convention et rappel de salaires sur les heures supplémentaires. 

Sources : articles L. 4121-1 et suivants du Code du travail, article L. 2242-17 du Code du travail, article L. 2243-1 du Code du travail.

Droit à la déconnexion : quelles sont les obligations de l’employeur ? Téléchargez notre Infographie 

Le droit à la déconnexion est aujourd’hui bien plus qu’un simple principe destiné à limiter l’utilisation des outils numériques en dehors des horaires de travail.  

Au-delà du respect des obligations légales, instaurer une véritable culture de la déconnexion permet d’améliorer la qualité de vie et des conditions de travail, de prévenir les risques psychosociaux et de renforcer l’engagement des collaborateurs. Une politique de déconnexion efficace repose avant tout sur des règles connues de tous, un management qui donne l’exemple et des actions régulières de sensibilisation.

FAQ - Ce qu'il faut retenir

Les entreprises soumises à la négociation annuelle obligatoire, c’est-à-dire celles où est constituée une section syndicale représentative (le plus souvent à partir de 50 salariés), doivent aborder le droit à la déconnexion dans le cadre de la négociation annuelle obligatoire (NAO) sur l’égalité professionnelle et la qualité de vie et des conditions de travail. Si cette négociation n’aboutit pas à un accord collectif, l’employeur est tenu d’élaborer une charte, après avis du CSE.

Le Code du travail impose deux éléments : les modalités d’exercice du droit à la déconnexion, et des actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques, pour les salariés comme pour l’encadrement et la direction. Le reste du contenu est libre.  

En pratique, il est recommandé que la charte précise notamment : 

  • les plages horaires pendant lesquelles les salariés ne sont pas tenus de répondre aux sollicitations professionnelles, 
  • les règles d’utilisation des outils numériques, 
  • les situations exceptionnelles pouvant justifier une sollicitation en dehors du temps de travail, 
  • les modalités de suivi de la charge de travail, notamment pour les salariés en forfait jours 
  • et les actions de sensibilisation destinées à prévenir les risques liés à l’hyperconnexion. 

Si l’accord collectif ne prévoit rien sur ce point, l’employeur doit établir un document de contrôle des journées ou demi-journées travaillées, s’assurer que la charge de travail reste compatible avec les repos quotidiens et hebdomadaires, et organiser une fois par an un entretien sur la charge de travail, l’organisation du travail, l’articulation vie professionnelle et vie personnelle, et la rémunération (article L. 3121-65). Les modalités de déconnexion sont alors fixées par l’employeur et communiquées aux salariés concernés. Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, elles doivent être conformes à la charte.

Si le salarié se connecte de sa propre initiative sans aucune contrainte ni demande de sa hiérarchie (par exemple pour consulter des notifications automatiques), la responsabilité de l’employeur n’est pas automatiquement engagée (Cass. soc., 25 mars 2026, n° 24-21.098). Par prudence, l’employeur a intérêt à rappeler au salarié l’interdiction de travailler pendant son arrêt dès qu’il en a connaissance.

Oui, mais uniquement en présence d’une véritable urgence. Le Code du travail ne définit pas précisément cette notion. En pratique, il s’agit d’une situation exceptionnelle, imprévisible et nécessitant une intervention immédiate afin d’éviter un risque sérieux pour l’entreprise, les personnes ou les biens. Il peut s’agir, par exemple, d’un accident grave, d’un sinistre, d’une panne informatique majeure ou d’un incident de cybersécurité.  

Article rédigé par

Cécile Derouin

Cécile Dérouin

Avocate et figure incontournable en droit social avec +160 000 abonnés sur LinkedIn, Cécile Derouin rend le droit du travail clair et accessible aux dirigeants et aux professionnels RH à travers ses infographies pédagogiques. CEO de l’Académie RH, organisme de formation certifié Qualiopi, elle vous propose des formations pour sécuriser vos pratiques RH.

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