Réforme de la transparence salariale : ce que les entreprises doivent anticiper

Mis à jour le 20/08/2026

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La transparence salariale s’impose comme une transformation majeure du droit du travail en Europe. Avec la future transposition de la directive transparence des rémunérations, les entreprises françaises devront revoir en profondeur leurs pratiques RH.

Transparence lors du recrutement, politique de rémunération, communication interne, aucun domaine ne sera épargné. Il est indispensable pour les employeurs d’anticiper ces nouvelles obligations.

Ce texte ne vise pas uniquement les grandes entreprises : il s’applique à l’ensemble des employeurs, publics comme privés, dès l’embauche du premier salarié (art. 2 de la directive). En revanche, les exigences de reporting sont modulées selon l’effectif et la France n’a pas transposé dans les délais, ce qui change la manière de s’y préparer.

Concrètement, que va changer cette réforme pour les entreprises ? 

Voici l’essentiel à retenir.

Directive Transparence des rémunérations de Cécile Derouin

Une directive européenne qui impose plus de transparence salariale

La transparence salariale deviendra une obligation légale structurante pour toutes les entreprises.

Adoptée le 10 mai 2023, la directive transparence des rémunérations (Directive UE 2023/970 du Parlement européen et du Conseil du 10 mai 2023) vise à renforcer l’égalité salariale entre les femmes et les hommes en imposant davantage de lisibilité dans les pratiques de rémunération.

Elle repose sur plusieurs principes :

  • une meilleure information des candidats et travailleurs ;
  • une traçabilité des décisions en matière de paie ;
  • une obligation de justification des écarts.

La directive fixait au 7 juin 2026 la date limite de transposition dans le droit national. Cette échéance est dépassée : la France n’a pas transposé. Tant que la loi française n’est pas votée, une directive n’a pas d’effet direct entre un employeur privé et ses salariés : aucune des obligations décrites ci-dessous n’est aujourd’hui juridiquement exigible dans le secteur privé.

Une transparence salariale renforcée dès le recrutement

L’un des changements les plus visibles concerne la phase d’embauche. L’ accès à l’information salariale s’imposera dès la publication des offres d’emploi.

Les employeurs devront obligatoirement indiquer la rémunération initiale prévue pour le poste ou, à défaut, sa fourchette, ainsi que, le cas échéant, les dispositions pertinentes de la convention collective applicable. 

En l’absence d’offre formalisée, ces informations devront être communiquées au candidat avant l’entretien d’embauche. Le texte européen exige qu’elles arrivent assez tôt pour permettre une négociation éclairée et transparente sur la rémunération (art. 5 § 1 de la directive) : une information délivrée en cours d’entretien ne remplirait pas cette condition. 

Autre évolution majeure issue de la directive transparence des rémunérations : il sera interdit de demander au candidat son historique de rémunération, qu’il s’agisse de son emploi actuel ou de ses postes précédents. 

Cela marque une rupture importante avec certaines pratiques encore répandues et vise à limiter la reproduction des inégalités.

De plus, la directive impose des formulations non sexistes dans les annonces et lors du processus de recrutement.

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Attention à la temporalité : ces obligations ne s’appliqueront qu’une fois la loi française promulguée. Rien n’interdit de s’y préparer mais afficher dès aujourd’hui une fourchette dans vos offres vous engage sur le terrain de l’usage, sans obligation légale en contrepartie. Si vous anticipez, construisez d’abord des fourchettes cohérentes avec vos grilles internes et avec le montant du SMIC en vigueur, revalorisé au 1ᵉʳ juin 2026 : une fourchette basse sous le minimum conventionnel ou légal est un signal désastreux, et une erreur juridique.

Une transparence accrue pour les salariés en poste

Elle ne se limite pas à l’embauche. Elle s’étend à toute la relation de travail.

Les travailleurs devront donc bénéficier de nouveaux droits tels que l’accès aux critères de fixation des rémunérations, la communication de leur niveau de paie individuel et l’accès aux niveaux de rémunération moyens par catégorie de poste et par sexe.

Cette obligation suppose que les établissements structurent clairement leurs politiques salariales.

Cela implique notamment de définir des catégories de travailleurs comparables (poste équivalent ou travail de même valeur) et de documenter les décisions en matière de rémunération afin de pouvoir être expliquées.

Il est essentiel de développer des indicateurs de suivi pertinents afin d’identifier les écarts les plus en amont possible.

La directive impose aussi une information annuelle : chaque salarié devra être informé une fois par an de son droit à obtenir ces données et de la marche à suivre pour l’exercer. C’est un chantier de communication interne autant que de paie, le critère de rémunération le mieux formalisé ne vaut rien s’il reste dans un fichier RH que personne n’ouvre.

Il est essentiel de développer des indicateurs de suivi pertinents afin d’identifier les écarts les plus en amont possible.

Un renversement de la charge de la preuve

La directive muscle un mécanisme qui existe déjà en droit français.

Le régime probatoire y est en effet aménagé de longue date : le salarié présente des éléments de fait laissant supposer une discrimination, puis c’est à l’employeur de prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination (art. L1134-1 du Code du travail). Le salarié doit donc, aujourd’hui, franchir une première marche.

La directive supprime cette marche dans une hypothèse précise. Lorsque l’employeur n’a pas respecté ses obligations de transparence, en refusant de communiquer les informations demandées ou en s’abstenant de publier son reporting sur les écarts, la charge de la preuve bascule intégralement sur lui, sans que le salarié ait à établir la moindre présomption. Une réserve toutefois : le basculement ne joue pas si l’employeur démontre que le manquement était manifestement non intentionnel et de caractère mineur.

C’est la vraie sanction du texte, et elle est redoutable : le manquement documentaire se transforme en handicap contentieux.

Cette évolution renforce considérablement les risques juridiques et impose une traçabilité rigoureuse.

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Des obligations de reporting adaptées à la taille des entreprises

La transparence salariale repose également sur un renforcement du reporting social. Les obligations varient selon l’effectif :

Effectif Obligation Premier rapport
250 salariés et plus Reporting annuel détaillé avec les différences de rémunération et critères de fixation des niveaux de paie. 7 juin 2027
150 à 249 salariés Reporting tous les 3 ans.  7 juin 2027 
Entre 100 et 149 salariés Reporting tous les 3 ans.  7 juin 2031 
Moins de 100 salariés Reporting facultatif au sens de la directive. Mais les États membres peuvent l’imposer

 

Source : Directive UE 2023/970 du Parlement européen et du Conseil du 10 mai 2023

Deux précisions qui changent tout côté PME : 

  • Les entreprises de 100 à 149 salariés ne sont pas concernées avant 2031 : la directive leur laisse quatre ans de plus. 
  • Le projet de loi français abaisserait le seuil à 50 salariés, contre 100 dans le texte européen au motif que les entreprises de 50 salariés et plus publient déjà l’Index. Si cette option est confirmée, une PME de 60 salariés sera concernée alors que Bruxelles ne l’exigeait pas.

Le seuil de 5 % ne déclenche pas une correction automatique, mais une évaluation conjointe des rémunérations, menée avec les représentants du personnel. 

Trois conditions cumulatives : 

  • Un écart d’au moins 5 % entre femmes et hommes dans une catégorie de salariés accomplissant un même travail ou un travail de même valeur, 
  • Un écart que l’employeur ne justifie pas par des critères objectifs non sexistes : la compétence ou la performance, par exemple, 
  • Et un écart qui n’a pas été corrigé dans les six mois suivant la communication des données par l’employeur (art. 10 de la directive). 

Cette évaluation doit ensuite déboucher sur des mesures correctives. Les entreprises non soumises au reporting ne sont pas concernées par ce mécanisme.

 

Un index égalité professionnelle renforcé

Depuis 2019 (2020 pour les entreprises de 50 à 250 salariés), les entreprises d’au moins 50 salariés doivent publier chaque année, au plus tard le 1ᵉʳ mars, leur Index de l’égalité professionnelle

  • Sous 85 points, l’entreprise doit fixer et publier des objectifs de progression (art. L1142-9-1 du Code du travail) ; 
  • Sous 75 points, elle doit mettre en place des mesures correctrices et s’expose, au terme de trois ans, à une pénalité pouvant atteindre 1 % de la masse salariale (art. L1142-10).

Ce que prévoit le projet de loi français et qui n’est donc pas encore du droit en vigueur : le remplacement de l’Index actuel par sept indicateurs, dont six seraient calculés automatiquement par le ministère du Travail à partir des données de la DSN, avec un nouvel indicateur mesurant l’écart de rémunération au sein de catégories de salariés accomplissant un travail égal ou de valeur égale. La campagne 2026 devrait être la dernière édition de l’Index dans sa forme actuelle.

 

Un calendrier repoussé : où en est la transposition française ?

La France n’a pas tenu l’échéance du 7 juin 2026. Le processus a suivi trois étapes :

  • Une première version du projet de loi transmise aux partenaires sociaux le 6 mars 2026, 
  • Une seconde version enrichie début juin après arbitrages interministériels,
  • Puis la transmission au Conseil d’État, le 7 juin 2026, d’un texte de 22 articles couvrant le secteur privé et la fonction publique.

À la date de mise à jour de cet article, ce texte n’a été ni présenté en Conseil des ministres, ni déposé au Parlement. Le ministre du Travail a indiqué fin juin 2026 viser une présentation à l’été, un examen parlementaire dans la seconde partie de l’année et un vote avant l’élection présidentielle de 2027. L’entrée en vigueur est annoncée pour le 1ᵉʳ janvier 2028, avec un déploiement échelonné selon les obligations et la taille des entreprises. Cette date reste à confirmer par le texte définitif.

Ce que le retard change concrètement. Le 7 juin 2026 n’a rien déclenché pour les employeurs privés : une directive non transposée n’est pas opposable dans les relations entre particuliers. Aucune obligation nouvelle ne s’impose donc aujourd’hui. Deux nuances, cependant : les employeurs publics peuvent se voir opposer directement les dispositions suffisamment précises et inconditionnelles de la directive, et le juge national est tenu d’interpréter le droit français à la lumière des objectifs du texte européen. 

Sur le terrain de l’égalité salariale, cette interprétation conforme peut peser dès maintenant dans un contentieux.

 

Des sanctions financières à anticiper

Les sanctions administratives en cas de non-respect :

Manquement Pénalité
Non-respect des obligations liées à l’Index de l’égalité professionnelle (droit français en vigueur)

 

Pénalité pouvant atteindre 1 % de la masse salariale (art. L1142-10 du Code du travail)
Manquements aux futures obligations de transparence  Amendes proportionnées à la masse salariale ou au chiffre d’affaires, ou forfaitaires selon la gravité. Barème à fixer par la loi française

Source : Directive UE 2023/970 du Parlement européen et du Conseil du 10 mai 2023

En cas de récidive, les sanctions pourraient être doublées.

La directive transparence des rémunérations renforce clairement le contrôle des pratiques en matière de paie.

 

Points de vigilance et bonnes pratiques

Bien que la transposition en droit français ait pris du retard, la mise en œuvre de cette évolution nécessite une préparation dès à présent.

Plusieurs risques doivent être anticipés :

  • incohérences dans les grilles de paie ;
  • absence de formalisation des critères de rémunération ;
  • difficultés à justifier les disparités  existants.

Dans ce contexte, il est essentiel de structurer dès à présent sa politique de rémunération. À cette fin, il est recommandé de : 

  • Réaliser un audit des pratiques salariales
  • Formaliser des critères objectifs d’évolution des rémunérations 
  • Et de mettre à jour les classifications internes.

S’agissant du recrutement, il est également opportun de revoir les offres d’emploi afin d’y intégrer des fourchettes de rémunération cohérentes avec les grilles internes. Par ailleurs, la formation des recruteurs constitue un levier clé, afin de leur permettre d’expliquer de manière claire et transparente les niveaux de rémunération proposés aux candidats.

La transparence salariale marque un tournant dans la gestion des ressources humaines. Avec la directive transparence des rémunérations, les entreprises devront adopter une approche beaucoup plus structurée, transparente et justifiable de leurs politiques de paie.

Au-delà des obligations légales, cette réforme représente aussi une opportunité : renforcer la confiance des salariés, améliorer la marque employeur et prévenir les litiges.

Anticiper dès maintenant ces évolutions est donc essentiel pour aborder sereinement l’entrée en vigueur des nouvelles règles et éviter les risques juridiques et financiers.

FAQ - Ce qu'il faut retenir

Non. Le délai expirait le 7 juin 2026. Un projet de loi de 22 articles a été transmis au Conseil d’État le 7 juin 2026, mais il n’a été ni présenté en Conseil des ministres ni déposé au Parlement à ce jour.

Non, pas encore. L’obligation d’indiquer la rémunération initiale ou sa fourchette figure à l’article 5 de la directive, mais une directive non transposée ne crée pas d’obligation directe entre un employeur privé et un candidat. Aucun texte français ne l’impose aujourd’hui.

Aucun texte ne l’interdit expressément aujourd’hui. L’article L1221-6 du Code du travail impose toutefois que les informations demandées à un candidat présentent un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé. Un lien fragile s’agissant de l’historique salarial. La directive l’interdira formellement, mais seulement une fois transposée.

Le gouvernement vise un vote avant la fin de la mandature et une entrée en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2028, avec un déploiement échelonné selon la taille des entreprises et la nature des obligations. Cette date reste à confirmer par le texte définitif. D’ici là, aucune obligation nouvelle ne s’impose aux employeurs privés.

Sept, selon le projet de loi français (contre cinq aujourd’hui) dont six seraient calculés automatiquement par le ministère du Travail à partir des données de la DSN. Attention : ce chiffre ne figure pas dans la directive européenne, il relève du texte français, qui n’est pas encore voté.

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Article rédigé par

Cécile Derouin

Cécile Dérouin

Avocate et figure incontournable en droit social avec +160 000 abonnés sur LinkedIn, Cécile Derouin rend le droit du travail clair et accessible aux dirigeants et aux professionnels RH à travers ses infographies pédagogiques. CEO de l’Académie RH, organisme de formation certifié Qualiopi, elle vous propose des formations pour sécuriser vos pratiques RH.

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