Droit à la déconnexion : quelles obligations pour l’employeur ?

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Les outils digitaux sont une véritable révolution pour de nombreuses entreprises. Cependant, ils ont aussi un pendant négatif. En effet, aujourd’hui, de nombreux employés terminent leurs journées sans vraiment « quitter » le travail. Entre les notifications tardives, les mails envoyés le soir, les messages le week-end, le travail reste omniprésent, même sur les temps de repos. Résultat ? Une délimitation floue entre vie pro et vie perso qui peut entrainer une véritable surchauffe.

Pour répondre à cette réalité, le Code du travail compte désormais différents articles dédiés au droit à la déconnexion. Si le concept est simple à comprendre, comment le mettre en place de façon très concrète ? Quelles sont les obligations de l’employeur ? Autant de questions auxquelles nous allons répondre avec ce guide complet !

Selon Altersécurité, 31 % des salariés français sont concernés par une exposition élevée (50 à 150 soirées connectées pour raison professionnelle par an) ou critique (plus de 150 soirées par an) à l’hyperconnexion.

Cadre juridique du droit à la déconnexion

Le droit à la déconnexion n’est pas une option, c’est une obligation légale. Dès lors, il est d’une importance majeure de savoir ce que dit réellement le Code du travail à ce sujet.

Origine et définition du droit à la déconnexion

Le droit à la déconnexion est une notion que l’on retrouve dans la loi Travail (Loi n°2016-1088 du 8 août 2016). Concrètement, son objectif est de protéger les salariés en limitant l’hyperconnexion liées aux outils numériques.

Cela passe par plusieurs points afin que le salarié puisse :

  • Ne pas répondre aux sollicitations pro en dehors du temps de travail ;
  • Bénéficier d’un repos réel et complet ;
  • Préserver l’équilibre vie pro/vie perso.
  • Cette loi permet ainsi de lutter contre :
  • La surcharge mentale ;
  • Les risques psycho-sociaux ;
  • La fatigue chronique.

Selon l’ACMS (Association interprofessionnelle des centres médicaux et sociaux de santé au travail) : « l’hyperconnexion favorise les troubles psychosociaux et le stress : effacement des frontières entre vie privée et vie professionnelle, impact sur la vie privée engendrant un manque de disponibilité et de la culpabilité, mais aussi de l’anxiété par peur de manquer une information. »

Articles du Code du travail relatifs au droit à la déconnexion

Les obligations de l’employeur sont inscrites dans l’article L. 2242-17 et suivants du Code du travail. Cette réglementation impose notamment la mise en place de mesures concrètes visant à réguler la connexion numérique des salariés.

Champ d’application du droit à la déconnexion

Le droit à la déconnexion concerne tous les types d’entreprises (TPE, PME, ETI, grands groupes…) et tous les salariés (cadres, salariés, forfait-jours, télétravailleurs…).

 

Les obligations de l’employeur

En tant que garant de la santé et de la sécurité au travail, l’employeur se doit de se plier à la réglementation liée au droit à la déconnexion. Il doit donc mettre en place des mesures en ce sens.

Négociation d’un accord collectif ou élaboration d’une charte

La loi impose à l’employeur d’engager une négociation obligatoire sur la qualité de vie au travail incluant la déconnexion. Il peut en découler deux possibilités :

  • Un accord collectif qui prévoit les modalités de déconnexion, les règles de gestion des outils numériques, les actions de formation à mener, les plages de connexion raisonnables.
  • Une charte de déconnexion (uniquement si aucun accord n’est trouvé) qui précise les règles d’usage des outils numériques, les dispositifs prévus et les actions de sensibilisation.

L'astuce RH

Intégrer les règles liées au droit à la déconnexion dans votre communication interne pour que chacun puisse en être informé.

Mise en place de dispositifs pour limiter les connexions après les heures de travail

Il existe plusieurs mesures concrètes qui viennent compléter efficacement la politique écrite dont :

  • Le blocage automatique des emails le soir et le week-end.
  • L’avertissement automatique envoyé aux expéditeurs d’emails en dehors des horaires de travail.
  • Une définition de plages horaires sans messages internes.
  • La mise en place d’un règlement d’usage pour les salariés en télétravail.

Prévention et gestion des risques psychosociaux

Le droit à la déconnexion est lié à l’obligation de l’employeur à préserver la santé physique et mentale de ses équipes. Dès lors, il est de la responsabilité de l’employeur de :

  • Intégrer la déconnexion dans un document unique d’évaluation des risques ;
  • Former les managers aux bonnes pratiques ;
  • Surveiller les indicateurs RH comme les heures de connexion, la surcharge de mail ou les tensions dans les équipes ;
  • Adapter l’organisation du travail aux modes hybrides.
Une mauvaise régulation du droit à la déconnexion engage la responsabilité juridique de l’employeur. Par exemple en cas de faute inexcusable liée à un burn-out ou des risques psycho-sociaux.

Sanctions et risques pour l’employeur

Sans politique adaptée ou mesures concrètes, l’employeur encourt de véritables risques. Le flou artistique n’est pas permis lorsqu’il s’agit de la santé et de la sécurité des salariés.

L’employeur peut être pénalement sanctionné s’il ne négocie pas la QVT (qualité de vie au travail) incluant le droit à la déconnexion. Il encourt : 

Absence de sanction directe mais risques juridiques

Il n’y a pas, à ce jour, d’amende prévue pour le non-respect du droit à la déconnexion comme obligation employeur. Mais l’entreprise est exposée à :

  • Un délit d’entrave à la négociation si aucune n’est engagée ;
  • Non-conformité à la législation, ce qui peut être relevé en cas de contrôle ou de litige.

Responsabilité de l’employeur en matière de santé et sécurité

Si une hyperconnexion entraîne :

  • Une dégradation de la santé mentale du salarié ;
  • Un burn-out ;
  • Un stress numérique avéré.

Alors, l’entreprise peut être condamnée pour faute inexcusable. Résultat ? Des dommages-intérêts, un impact social, une perte de confiance des équipes.

Cas jurisprudentiels récents

Un cas concret et très parlant s’est déroulé en fin d’année 2024. La Cour de cassation a en effet statué en faveur d’un chauffeur routier sanctionné pour ne pas avoir répondu à son employeur durant ses congés. L’employeur lui reprochait son manque de disponibilités et considérant cela comme une faute avait pris des mesures disciplinaires à son encontre.

 

Mise en œuvre pratique du droit à la déconnexion dans l’entreprise

Plus que rédiger une charte, c’est un vrai travail de fond que doit faire l’entreprise. Pour l’employeur, l’enjeu est de respecter les obligations légales et préserver le bien-être des salariés. Dès lors, plusieurs actions sont à mener pour avoir un impact concret.

Identification des risques d’hyperconnexion dans l’entreprise

Avant de vous lancer dans la bataille, vous devez identifier l’ennemi. Vous devez donc comprendre ce qui fait que les salariés restent connectés en dehors du travail. Ce diagnostic des pratiques numériques vous permet ainsi d’analyser :

  • Les plages horaires d’envoi d’emails, de messages, d’appels…
  • Les profils à risque.

Rédaction de la charte ou négociation de l’accord

L’employeur doit avant tout tenter de parvenir à un accord avec les représentants du personnel. Si la négociation n’aboutit pas, ce n’est que dans ce cas que la rédaction d’une charte unilatérale est nécessaire. Dans tous les cas, il est important de documenter à l’écrit :

  • Les plages horaires de déconnexion ;
  • Les règles d’usage des outils numériques ;
  • Le rôle des managers ;
  • Les mesures d’accompagnement :
  • Les modalités de suivi.

Exemples de mesures concrètes à mettre en place

Quelques exemples de mesures concrètes à envisager :

Mesures organisationnelles
  • Pas d’emails de 20h à 7h
  • Définition d’un message considéré comme « urgent »
Mesures techniques
  • Blocages de l’accès aux messageries en dehors du temps de travail
  • Désactivation automatique des notifications
Mesures managériales
  • Faire preuve d’exemplarité (ne pas envoyer de mail à 23h lorsque l’on est manager)
  • Faire des rappels lors des réunions d’équipes
  • Sensibiliser les nouveaux salariés lors des onboarding

 

Spécificités liées au télétravail et au forfait jours

Certains profils nécessitent un fonctionnement adapté car leur niveau d’autonomie peut entraîner une connexion excessive.

Télétravail Forfait jours
Définir des plages de disponibilités et de déconnexion. Suivi régulier de la charge de travail.
Formaliser les moments où l’employeur peut solliciter le salarié. Vigilance accrue sur les horaires atypiques.
Encadrer l’usage du téléphone professionnel après la journée. Évaluation systématique lors des entretiens professionnels.

 

Enjeux et bénéfices pour l’entreprise et les salariés

Plus qu’une obligation liée au Code du travail, l’entreprise effectue un investissement stratégique en s’assurant du respect du droit à la déconnexion pour ses salariés.

Impact sur la qualité de vie au travail (QVT)

Le droit à la déconnexion est un véritable facteur de qualité de vie au travail. Il offre :

  • Un meilleur équilibre vie pro/vie perso ;
  • Une baisse de la surcharge mentale ;
  • Moins de risques psychosociaux ;
  • Une capacité renforcée a vraiment récupéré sur les temps de repos.

Impact sur la performance RH

Cela aussi se ressent au niveau de la performance RH avec comme conséquence plus de fidélisation, d’attractivité et d’engagement des salariés. Une meilleure QVT, c’est aussi une capacité de rétention des talents améliorée.

L’exemplarité managériale et la culture d’entreprise

Le droit à la déconnexion devient aussi un marqueur fort de la culture de l’entreprise lorsqu’il est bien mis en œuvre. Cela permet de poser un cadre commun, de renforcer l’exemplarité managériale, de responsabiliser les équipes ou de soutenir les initiatives internes de prévention.

 

Mesures de suivi et évaluation de la mise en œuvre du droit à la déconnexion

Mettre en place une politique de droit à la déconnexion est une chose et s’assurer qu’elle fonctionne sur le terrain en est une autre. Pour éviter que la charte ne se fasse oublier, les RH doivent instaurer des moyens de mesurer sa mise en œuvre pour ajuster et accompagner les bonnes pratiques.

Indicateurs de suivi de la mise en œuvre

Plusieurs indicateurs sont précieux pour savoir si le droit à la déconnexion est respecté dans les équipes. On peut citer des signaux comme :

  • Le volume des connexions en dehors des horaires de travail ;
  • La charge mentale déclarée (lors d’une enquête interne par exemple) ;
  • Les données issues des outils RH (pics d’utilisation de certains outils) ;
  • Le nombre d’incidents liés aux risques psycho-sociaux.

Réajustement des pratiques selon les retours

Le droit à la déconnexion est une obligation employeur qui n’est pas figée. Les règles évoluent avec les usages et les besoins. Vous pouvez au fil du temps envisager des réajustements tels que :

  • La modification des plages horaires de déconnexion ;
  • L’adaptation de l’accord ou de la charte ;
  • La mise en œuvre de nouvelles formations des managers ;
  • L’ajout de nouveaux outils.

 

Recommandations pour les responsables RH et employeurs

Pour terminer voici quelques recommandations dédiées aux RH et employeurs avec une checklist, quelques bonnes pratiques ainsi que des outils et solutions RH.

Checklist pour la mise en œuvre

Voici une checklist opérationnelle pour sécuriser chaque étape du processus de droit à la déconnexion :

Avant la mise en place
  • Diagnostic des usages numériques ;
  • Identification des profils à risque ;
  • Consultation des représentants du personnel ;
  • Analyse des risques psycho-sociaux liés à l’hyperconnexion.
Pendant la construction de la charte ou de l’accord
  • Définition des plages de non-connexion ;
  • Régulation de l’usage des outils numériques ;
  • Prévoyance d’un protocole pour les urgences ;
  • Intégration de la politique dans les pratiques managériales ;
  • Formation des managers.
Après la mise en place
  • Communication avec les outils internes ;
  • Mesure régulière des effets ;
  • Ajustement en continu de la politique ;
  • Intégration de la déconnexion aux rituels.

 

Bonnes pratiques de communication et de conduite du changement

Adopter une politique de droit à la déconnexion ne suffit pas, il faut aussi embarquer les équipes dans le processus en :

  • Communiquant simplement et régulièrement ;
  • Donnant l’exemple ;
  • Expliquant la raison de ces choix ;
  • Prévoyant des ateliers et formations ;
  • Accompagnant les équipes vers le changement.

Outils et solutions RH pour faciliter la mise en place

Pour que le processus fonctionne réellement, il faut des outils adaptés :

  • Blocage automatique d’envoi de mails ;
  • Paramétrage des messageries ;
  • Tableau de bord pour analyser les pics de connexion ;
  • Intégration des règles dans les modules RH ;
  • Outils collaboratifs pour organiser le travail sans dérives numériques ;
  • Plateforme RH comme Staff ‘n’Go pour communiquer de manière transparente avec ses équipes sur le droit à la déconnexion et de les sensibiliser.

Le droit à la déconnexion n’est pas une formalité administrative. Il s’agit d’un levier stratégique pour protéger la santé des salariés, préserver la performance de l’entreprise et renforcer la culture managériale. Dans un monde où les outils numériques créent parfois une pression invisible, l’employeur se doit de cadrer, réguler et rassurer.

Avec une charte claire, des mesures concrètes et un vrai travail de communication interne, vous créez un environnement dans lequel chacun peut se concentrer sur l’essentiel… mais uniquement pendant les heures de travail !

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FAQ - Ce qu'il faut retenir

Oui, le Code du Travail impose aux employeurs de définir des mesures pour réguler les usages numériques.

Blocage des mails tardifs, messages d’absence automatiques, plages horaires sans notifications, il existe de multiples solutions envisageables.

L’hyperconnexion entraîne notamment de la surcharge mentale, des risques psycho-sociaux et de la fatigue chronique.

Le télétravail est aussi concerné et les mesures doivent être d’autant plus renforcées puisqu’il est plus tentant de se connecter en dehors des heures de travail lorsque son bureau est à la maison.

Non. Un salarié ne peut pas être sanctionné, évalué négativement ou faire l’objet d’une mesure disciplinaire pour ne pas répondre à des sollicitations professionnelles en dehors de son temps de travail, sauf situation exceptionnelle clairement définie (urgence réelle et encadrée). Toute sanction fondée sur le non-respect de sollicitations hors horaires peut engager la responsabilité de l’employeur.

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Article rédigé par

La Team Staff & Go

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