L’IA fait gagner du temps aux recruteurs : tri de CV, rédaction d’offres, synthèse d’entretiens. Mais un outil mal cadré expose à deux risques : des données candidats confidentielles hébergées hors de l’Union européenne et des décisions de tri difficiles à justifier.
Le RGPD protège déjà ces données. Depuis le 1er août 2024, l’AI Act encadre aussi les outils eux-mêmes : le recrutement y est classé à haut risque, l’analyse des émotions au travail est interdite depuis février 2025, et les obligations du haut risque s’appliqueront le 2 décembre 2027.
Quels outils sont concernés ? Quelles preuves produire ? Quelles sanctions pour une PME ? Ce guide fait le point, checklist à l’appui.
AI Act et recrutement : pourquoi les systèmes RH sont classés à haut risque
Le règlement européen 2024/1689 organise les usages de l’intelligence artificielle selon plusieurs niveaux de risque. Pour les systèmes d’IA utilisés en entreprise, quatre comptent :
| Niveau de risque | Ce que cela implique | Exemples |
| Inacceptable | Pratiques interdites sans exception | Notation sociale, manipulation comportementale, reconnaissance des émotions sur le lieu de travail |
| Haut risque | Obligations renforcées avant et pendant la mise en œuvre | Tri de CV, scoring de candidatures, évaluation de la performance |
| Limité | Obligations de transparence simplifiées | Chatbot qui interagit avec des personnes |
| Minimal | Aucune contrainte spécifique | Usages non visés par les trois catégories ci-dessus |
Les modèles d’IA à usage général (type ChatGPT) relèvent de règles à part, à la charge de leurs fournisseurs.
Le recrutement, l’évaluation des candidats et la gestion des travailleurs figurent explicitement à l’annexe III parmi les systèmes à haut risque. La logique du législateur européen est simple : ces usages touchent directement à l’accès à l’emploi et peuvent produire des effets discriminatoires difficiles à détecter sans contrôle humain, un enjeu proche des questions interdites en entretien de recrutement déjà encadrées par le droit du travail. Un outil de scoring biaisé peut écarter silencieusement des milliers de candidats sans qu’aucun recruteur ne s’en aperçoive.
Les usages concernés sont nombreux dans les pratiques RH actuelles :
- tri automatisé de CV à partir de mots-clés ou de profils types ;
- scoring de candidatures via des algorithmes prédictifs ;
- chatbots de présélection qui filtrent les candidats avant tout contact humain ;
- analyse vidéo d’entretiens, dès lors qu’elle sert à évaluer les candidats.