Conformité IA en RH : ce que l’AI Act européen change pour les recruteurs

Mis à jour le 29/10/2026

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L’IA fait gagner du temps aux recruteurs : tri de CV, rédaction d’offres, synthèse d’entretiens. Mais un outil mal cadré expose à deux risques : des données candidats confidentielles hébergées hors de l’Union européenne et des décisions de tri difficiles à justifier.

Le RGPD protège déjà ces données. Depuis le 1er août 2024, l’AI Act encadre aussi les outils eux-mêmes : le recrutement y est classé à haut risque, l’analyse des émotions au travail est interdite depuis février 2025, et les obligations du haut risque s’appliqueront le 2 décembre 2027.

Quels outils sont concernés ? Quelles preuves produire ? Quelles sanctions pour une PME ? Ce guide fait le point, checklist à l’appui.

AI Act et recrutement : pourquoi les systèmes RH sont classés à haut risque

Le règlement européen 2024/1689 organise les usages de l’intelligence artificielle selon plusieurs niveaux de risque. Pour les systèmes d’IA utilisés en entreprise, quatre comptent :

Niveau de risqueCe que cela impliqueExemples
InacceptablePratiques interdites sans exceptionNotation sociale, manipulation comportementale, reconnaissance des émotions sur le lieu de travail
Haut risqueObligations renforcées avant et pendant la mise en œuvreTri de CV, scoring de candidatures, évaluation de la performance
LimitéObligations de transparence simplifiéesChatbot qui interagit avec des personnes
MinimalAucune contrainte spécifiqueUsages non visés par les trois catégories ci-dessus

Les modèles d’IA à usage général (type ChatGPT) relèvent de règles à part, à la charge de leurs fournisseurs.

Le recrutement, l’évaluation des candidats et la gestion des travailleurs figurent explicitement à l’annexe III parmi les systèmes à haut risque. La logique du législateur européen est simple : ces usages touchent directement à l’accès à l’emploi et peuvent produire des effets discriminatoires difficiles à détecter sans contrôle humain, un enjeu proche des questions interdites en entretien de recrutement déjà encadrées par le droit du travail. Un outil de scoring biaisé peut écarter silencieusement des milliers de candidats sans qu’aucun recruteur ne s’en aperçoive.

Les usages concernés sont nombreux dans les pratiques RH actuelles :

  • tri automatisé de CV à partir de mots-clés ou de profils types ;
  • scoring de candidatures via des algorithmes prédictifs ;
  • chatbots de présélection qui filtrent les candidats avant tout contact humain ;
  • analyse vidéo d’entretiens, dès lors qu’elle sert à évaluer les candidats.

La reconnaissance des émotions est interdite. Depuis le 2 février 2025, le règlement interdit d’utiliser l’IA pour inférer les émotions d’une personne sur le lieu de travail, sauf raisons médicales ou de sécurité. Les salariés sont clairement visés. Pour un candidat en entretien, le texte ne le précise pas explicitement : par prudence, désactivez toute fonction qui déduit un état émotionnel des expressions faciales ou de la voix. En France, la CNIL est désignée pour contrôler cette interdiction.

Quels outils de recrutement sont visés par l’annexe III

L’annexe III (point 4) vise deux familles d’usages en ressources humaines :

  • le recrutement et la sélection : publication d’offres d’emploi ciblées, analyse et filtrage des candidatures, évaluation des candidats ;
  • les décisions sur la relation de travail : conditions de travail, promotion, licenciement, attribution des tâches selon le comportement ou la personnalité, suivi et évaluation des performances.

Au-delà du recrutement, les outils d’évaluation de la performance et de promotion interne entrent eux aussi dans le périmètre des obligations applicables aux systèmes à haut risque. Un logiciel qui priorise automatiquement les candidats à une promotion relève donc de la même vigilance qu’un outil de tri de CV.

Calendrier 2024-2027 : les dates clés pour les employeurs

Le calendrier a changé en 2026. Le train de mesures omnibus numérique, applicable depuis le 27 juillet 2026, a reporté les obligations des systèmes à haut risque pour laisser le temps de réunir les conditions de leur mise en œuvre.

  • 1er août 2024 : entrée en vigueur du texte dans l’ensemble de l’Union européenne ;
  • 2 février 2025 : interdiction effective des pratiques à risque inacceptable, dont la reconnaissance des émotions au travail, et obligation de développer la maîtrise de l’IA des équipes ;
  • 2 août 2025 : entrée en application du régime de sanctions ;
  • 2 décembre 2027 : application des obligations des systèmes à haut risque de l’annexe III, dont le recrutement (au lieu du 2 août 2026 initialement prévu) ;
  • 2 août 2028 : application pour les systèmes à haut risque intégrés dans des produits réglementés (machines, dispositifs médicaux, jouets…).

Vous disposez donc d’un peu plus d’un an pour auditer vos outils RH et corriger les écarts. Mais les interdictions et l’obligation de former vos équipes s’appliquent déjà : le report n’est pas une raison d’attendre.

Les 4 obligations concrètes imposées aux recruteurs utilisant l’IA

Le règlement distingue le fournisseur, qui conçoit l’outil, et le déployeur, qui l’utilise : ici, l’employeur. L’évaluation de conformité, la gestion des risques et la qualité des données d’entraînement relèvent du fournisseur. Votre rôle : exiger ces éléments de votre éditeur et respecter vos propres obligations, fixées à l’article 26.

Évaluation de conformité et gestion des risques avant déploiement

L’évaluation de conformité et la gestion des risques du système sont réalisées par le fournisseur de l’outil. Votre part, en tant qu’employeur, avant et pendant le déploiement :

Vous prenez les mesures nécessaires pour utiliser le système conformément à la notice d’utilisation du fournisseur et vous surveillez son fonctionnement. Si vous contrôlez les données d’entrée (critères, fiches de poste), vous veillez à ce qu’elles soient pertinentes et suffisamment représentatives. Un risque détecté ? Vous informez le fournisseur et l’autorité de surveillance, et vous suspendez l’utilisation.

Transparence et information des candidats

Chaque candidat doit être informé qu’il est soumis à un système d’IA à haut risque dès lors que celui-ci prend ou facilite une décision le concernant.

Avant de déployer un tel outil sur le lieu de travail (évaluation de la performance, promotion), l’employeur informe aussi les représentants des travailleurs et les salariés concernés. En France, dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le CSE est en outre informé et consulté sur l’introduction de nouvelles technologies (article L2312-8 du Code du travail).

Et si le rejet est décidé par l’algorithme seul ? Le RGPD donne au candidat le droit de ne pas faire l’objet d’une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé qui l’affecte de manière significative, sauf exceptions (contrat, loi, consentement explicite). Même dans ces cas, il garde au moins le droit d’obtenir une intervention humaine, d’exprimer son point de vue et de contester la décision (article 22 du RGPD).

Supervision humaine obligatoire sur les décisions automatisées

Le contrôle humain doit être confié à des personnes qui disposent des compétences, de la formation, de l’autorité et du soutien nécessaires. Cette supervision humaine doit être documentée précisément :

  • qui exerce ce rôle au sein de l’équipe RH ?
  • quelles compétences cette personne possède pour détecter un biais ?
  • comment la détection de biais et la supervision humaine s’articulent dans le processus de recrutement ?

En pratique, un recruteur qui examine les résultats de l’algorithme avant toute décision de rejet, et dont la validation est tracée, sécurise votre processus.

Traçabilité, journalisation et conservation des logs

Un outil d’IA garde automatiquement une trace de son fonctionnement, un peu comme l’historique d’un navigateur. Le règlement appelle cela les « journaux ». Si cet historique est accessible de votre côté, vous devez le conserver au moins six mois, sauf règle contraire, notamment en matière de protection des données. Concrètement : demandez à votre éditeur où se trouve cet historique et comment l’exporter. Et alignez cette durée avec vos durées de conservation RGPD des données candidats.

À ces quatre obligations s’ajoute une cinquième, déjà en vigueur : la formation. Depuis le 2 février 2025, les employeurs qui utilisent des systèmes d’IA prennent des mesures pour développer la maîtrise de l’IA de leur personnel, en tenant compte de ses connaissances, de son expérience et du contexte d’utilisation.

En septembre 2026, le ministère du Travail a présenté « Impulsion IA 2027 », un plan d’accompagnement en cours de déploiement, sans obligation nouvelle pour les employeurs. Trois mesures concernent directement les recruteurs : un kit « Recrut’IA » attendu fin du 1er trimestre 2027, un guide sur les règles applicables élaboré avec la CNIL en 2027, et le dispositif « Impulsion IA RH » pour les TPE-PME, lancé en mai 2027.

L'astuce RH

Centraliser les journaux de décisions RH, les contrats et les documents liés au recrutement dans un coffre-fort numérique évite de chercher une preuve de conformité dans l’urgence lors d’un contrôle. Avec un SIRH comme Staff & Go, l’archivage sécurisé et la traçabilité documentaire se construisent au fil de l’eau, sans ressaisie ni dossier éparpillé.

Articulation AI Act et RGPD : ce qui change pour le traitement des données candidats

L’AI Act ne remplace pas le RGPD, il s’y superpose. Concrètement, le règlement IA demande à l’employeur d’utiliser les informations fournies par l’éditeur de l’outil pour réaliser son analyse d’impact relative à la protection des données (AIPD, ou DPIA en anglais), exigée par l’article 35 du RGPD. Autrement dit : votre AIPD doit intégrer le fonctionnement du système d’IA, ses limites et ses risques de biais.

Le délégué à la protection des données (DPO) occupe une place centrale dans cette articulation : il est le mieux placé pour auditer les outils IA RH, vérifier que l’AIPD couvre bien le système d’IA et s’assurer que la protection des données n’est pas traitée comme une simple formalité annexe à la conformité AI Act. Cette rigueur documentaire vaut d’ailleurs pour l’ensemble des outils RH qui traitent des données sensibles, y compris ceux dédiés au suivi du temps de travail, souvent connectés à des systèmes de badgeuse biométrique eux aussi concernés par le RGPD.

Les sanctions dépendent de la nature du manquement. L’usage d’une pratique interdite expose à une amende pouvant atteindre 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires annuel mondial. Le non-respect des obligations de l’employeur expose à 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires annuel mondial. Pour les PME, c’est le plus faible des deux montants qui sert de plafond.

Checklist de mise en conformité AI Act pour les PME et ETI

La mise en conformité ne nécessite pas de tout reconstruire, mais elle suppose une méthode. Voici les étapes à suivre pour sécuriser vos pratiques RH :

  • réaliser un inventaire complet des outils IA utilisés en recrutement et en gestion RH ;
  • classer chaque outil selon son niveau de risque au regard de l’annexe III ;
  • désactiver sans attendre toute fonctionnalité de reconnaissance des émotions (interdite depuis février 2025) ;
  • vérifier auprès de chaque fournisseur la documentation technique et la notice d’utilisation disponibles sur le fonctionnement du système et ses limites ;
  • mettre à jour les mentions d’information destinées aux candidats dans les offres et les processus de sélection ;
  • informer les représentants du personnel et les salariés concernés avant tout déploiement sur le lieu de travail ;
  • former les équipes RH à la détection de biais et aux obligations de supervision humaine (obligation de maîtrise de l’IA déjà en vigueur) ;
  • désigner un référent IA interne chargé de suivre les évolutions réglementaires ;
  • articuler ce suivi avec le DPO pour intégrer le système d’IA à votre AIPD ;
  • archiver les preuves de conformité (AIPD, journaux conservés au moins six mois, mentions d’information) de façon centralisée et sécurisée.

La dématérialisation des documents RH facilite grandement cette traçabilité : un contrat, une DPAE ou un bulletin de paie archivés numériquement sont plus faciles à retrouver qu’un dossier papier en cas de contrôle. Cette logique vaut aussi dès la phase d’intégration : digitaliser l’onboarding des salariés permet de conserver une trace fiable de chaque étape du parcours candidat, utile si une décision de recrutement venait à être contestée. Notre générateur d’onboarding RH aide d’ailleurs à structurer cette traçabilité dès les premières étapes du parcours candidat.

Staff & Go centralise contrats, DPAE et bulletins de paie dans un coffre-fort numérique, ce qui simplifie l’archivage et la traçabilité documentaire attendus par l’AI Act.

FAQ - Ce qu'il faut retenir

Parce qu’il touche directement à l’accès à l’emploi et peut produire des effets discriminatoires difficiles à détecter. Le règlement européen 2024/1689 inscrit explicitement les systèmes de tri, de scoring et d’aide à la décision d’embauche à l’annexe III des systèmes à haut risque.

Cinq obligations structurent la conformité de l’employeur :

  • utiliser l’outil conformément à sa notice,
  • informer les candidats et les salariés,
  • confier le contrôle humain à des personnes compétentes,
  • conserver les journaux au moins six mois et former les équipes.
  • La formation est déjà obligatoire ; les autres s’appliquent à partir du 2 décembre 2027.

Les deux textes se superposent sans se substituer l’un à l’autre. L’employeur intègre le fonctionnement du système d’IA dans son AIPD RGPD, à partir des informations fournies par l’éditeur, avec l’appui du DPO.

Le règlement ne fixe pas de moment précis : il impose de confier le contrôle humain à des personnes compétentes et dotées de l’autorité nécessaire. La pratique la plus sûre : un recruteur examine le classement avant toute action (appel d’un candidat, rejet, mise en attente) et sa validation est tracée, afin de prouver que le contrôle humain s’est effectivement déroulé.

Tout dépend du manquement.

Une pratique interdite (reconnaissance des émotions au travail, notation sociale) expose dès aujourd’hui à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial. Un manquement aux obligations de l’employeur exposera, à partir du 2 décembre 2027, à 15 millions d’euros ou 3 %. Pour une PME, le plus faible des deux montants s’applique. Pour fixer l’amende, l’autorité tient compte notamment de votre coopération, des mesures techniques et organisationnelles mises en place et du caractère délibéré ou non du manquement : documentez vos démarches dès maintenant.

Article rédigé par

La Team Staff & Go

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Alice, Claire, Ecenya, Lucie ou encore Benjamin : derrière chaque article, notre équipe rédactionnelle met son expertise au service de vos enjeux RH, avec des contenus pensés pour vous accompagner au quotidien.

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